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Charte Européenne du Patrimoine ArchitecturalAdoptée par le Conseil de l'Europe, octobre
1975
INTRODUCTION
Grâce
à l'initiative prise par le Conseil de l'Europe en proclamant 1975
Année européenne du patrimoine architectural, de gros efforts on été
déployés dans l'ensemble des pays européens pour sensibiliser
l'opinion aux valeurs culturelles, sociales, économiques irremplaçables
des monuments, des ensembles et sites en milieu urbain et rural hérités
du passé. Il
importait de coordonner tous ces efforts au niveau européen, de créer
une vision commune du problème, et surtout de forger un langage
commun dans l'énoncé des principes généraux qui doivent guider
l'action concertée des instances responsables et des citoyens. C'est
dans ce but que le Conseil de l'Europe a établi le texte de la Charte
ci-après. Certes,
au-delà de la formulation des principes, se pose le problème de leur
application. L'action
future du Conseil de l'Europe tendra à approfondir les possibilités
d'application de ces principes dans les différentes situations
nationales et à progressivement améliorer les législations et les réglementations
en vigueur, ainsi que la formation professionnelle dans le domaine
considéré. La
Charte Européenne du Patrimoine Architectural a été adoptée par le
Comité des Ministres du Conseil de l'Europe et solennellement proclamée
au Congrès sur le Patrimoine Architectural européen qui a lieu à
Amsterdam du 21 au 25 octobre 1975.
Le comité des ministres, Considérant
que le but du Conseil de l'Europe est de réaliser une union plus étroite
entre ses membres afin notamment de sauvegarder et de promouvoir les
idéaux et les principes qui sont leur patrimoine commun; Considérant
que les États membres du Conseil de l'Europe, Parties à la
Convention culturelle européenne du 19 décembre 1954, se sont engagés
en vertu de l'Article 1er de cette Convention à prendre les mesures
propres à sauvegarder leur apport au patrimoine culturel commun de
l'Europe et à en encourager le développement; Reconnaissant
que le patrimoine architectural, expression irremplaçable de la
richesse et de la diversité de la culture européenne, est l'héritage
commun de tous les peuples et que sa conservation engage par conséquent
la solidarité effective des États européens; Considérant
que la conservation du patrimoine architectural dépend largement de
son intégration dans le cadre de vie des citoyens et de sa prise en
compte dans les plans d'aménagement du territoire et d'urbanisme; Vu
la Recommandation de la Conférence européenne des Ministres
responsables du patrimoine architectural, tenue à Bruxelles en 1969,
et la Recommandation 589 (1970) de l'Assemblée Consultative du
Conseil de l'Europe, relative à une Charte du patrimoine
architectural, Réaffirme
sa volonté de promouvoir une politique européenne commune et une
action concertée de protection du patrimoine architectural,
s'appuyant sur les principes de sa conservation intégrée; Recommande
aux gouvernements des États membres d'adopter les mesures d'ordre législatif,
administratif, financier et éducatif nécessaires à la mise en
oeuvre d'une politique de conservation intégrée du patrimoine
architectural et de développer l'intérêt du public pour une telle
politique en tenant compte des résultats de la campagne de l'Année
Européenne du Patrimoine Architectural, organisée en 1975 sous les
auspices du Conseil de l'Europe; Adopte
et proclame les principes de la présente Charte, préparée par le
Comité des Monuments et Sites du Conseil de l'Europe, ci- après
libellés: 1.
Le patrimoine architectural européen est formé non seulement par
nos monuments les plus importants mais aussi par les ensembles que
constituent nos villes anciennes et nos villages de tradition dans
leur environnement naturel ou construit. Pendant
longtemps on n'a protégé et restauré que les monuments majeurs,
sans tenir compte de leur cadre. Or, ils peuvent perdre une grande
partie de leur caractère si ce cadre est altéré. En outre, les
ensembles, même en l'absence d'édifices exceptionnels, peuvent
offrir une qualité d'atmosphère qui en fait des oeuvres d'art
diverses et articulées. Ce sont ces ensembles qu'il faut conserver
aussi en tant que tels. Le
patrimoine architectural témoigne de la présence de l'histoire et de
son importance dans notre vie. 2.
L'incarnation du passé dans le patrimoine architectural constitue
un environnement indispensable à l'équilibre et à l'épanouissement
de l'homme. Les
hommes de notre temps, en présence d'une civilisation qui change de
visage et dont les dangers sont aussi éclatants que les réussites,
sentent d'instinct le prix de ce patrimoine. C'est
une part essentielle de la mémoire des hommes d'aujourd'hui, et faute
d'être transmise aux générations futures dans sa richesse
authentique et dans sa diversité, l'humanité serait amputée d'une
partie de la conscience de sa propre durée. 3.
Le patrimoine architectural est un capital spirituel, culturel, économique
et social aux valeurs irremplaçables. Chaque
génération donne une interprétation différente du passé et en
tire des idées nouvelles. Toute diminution de ce capital est d'autant
plus un appauvrissement que la perte des valeurs accumulées ne peut
être compensée même par des créations de haute qualité. En
outre, la nécessité d'épargner les ressources s'impose à notre
société. Loin d'être un luxe pour la collectivité, l'utilisation
de ce patrimoine est une source d'économies. 4.
La structure des ensembles historiques favorise l'équilibre
harmonieux des sociétés. Ces
ensembles constituent, en effet, des milieux propres au développement
d'un large éventail d'activités. Ils ont, dans le passé, généralement
évité la ségrégation des classes sociales. Ils peuvent à nouveau
faciliter une bonne répartition des fonctions et la plus large intégration
des populations. 5.
Le patrimoine architectural a une valeur éducative déterminante.
Il
offre une matière privilégiée d'explications et de comparaisons du
sens des formes, et une mine d'exemples de leurs utilisations. Or,
l'image et le contact direct prennent à nouveau une importance décisive
dans la formation des hommes. Il importe donc de conserver vivants les
témoignages de toutes les époques et de toutes les expériences. Ces
témoignages ne sont assurés de survivre que si la nécessité de
leur protection est comprise par les plus grand nombre et spécialement
par les jeunes générations qui en auront demain la responsabilité. 6.
Ce patrimoine est en danger. Il
est menacé par l'ignorance, par la vétusté, par la dégradation
sous toutes ses formes, par l'abandon. Un certain urbanisme est
destructeur lorsque les autorités sont exagérément sensibles aux
pressions économiques et aux exigences de la circulation. La
technologie contemporaine, mal appliquée, abîme les structures
anciennes. Les restaurations abusives sont néfastes. Enfin et surtout,
la spéculation foncière et immobilière tire parti du tout et
annihile les meilleurs plans. 7.
La conservation intégrée est le résultat de l'action conjugée
des techniques de la restauration et de la recherche de fonctions
appropriées. L'évolution historique a conduit les coeurs dégradés
des villes et, à l'occasion, les villages abandonnés, à devenir des
réserves de logements bon marché. Leur restauration doit être menée
dans un esprit de justice sociale et ne doit pas s'accompagner de
l'exode de tous les habitants de condition modeste. La conservation
intégrée doit être de ce fait un des préalables des planifications
urbaines et régionales. Ils
convient de noter que cette conservation intégrée n'est pas
exclusive de toute architecture contemporaine dans les ensembles
anciens, mais celle-ci devra tenir le plus grand compte du cadre
existant, respecter les proportions, la forme et la disposition des
volumes ainsi que les matériaux traditionnels. 8.
La conservation intégrée demande la mise en oeuvre de moyens
juridiques, administratifs, financiers et techniques. Moyens
juridiques La
conservation intégrée doit utiliser toutes les lois et règlements
existants qui peuvent concourir à la sauvegarde et à la protection
du patrimoine quelle que soit leur origine. Quand ces dispositions ne
permettent pas d'atteindre le but cherché, il convient de les compléter
et de créer les instruments juridiques indispensables aux niveaux
appropriés: national, régional et local. Moyens
administratifs L'application
d'une telle politique exige la mise en place de structures
administratives adéquates et suffisamment étoffées. Moyens
financiers Le
maintien et la restauration des éléments du patrimoine architectural
doivent pouvoir bénéficier, le cas échéant, de toutes aides et
incitations financières nécessaires, y compris les moyens fiscaux. Il
est essentiel que les moyens financiers consacrés par les pouvoirs
publics à la restauration des quartiers anciens soient au moins égaux
à ceux qui sont réservés à la construction neuve. Moyens
techniques Les
architectes, les techniciens de toutes sortes, les entreprises spécialisées,
les artisans qualifiés susceptibles de mener à bien les
restaurations sont en nombre insuffisant. Il
importe de développer la formation et l'emploi des cadres et de la
main-d'oeuvre, d'inviter les industries du bâtiment à s'adapter à
ces besoins et de favoriser le développement d'un artisanat menacé
de disparition. 9.
Le concours de tous est indispensable à la réussite de la
conservation intégrée. Bien
que le patrimoine architectural soit la propriété de tous, chacune
de ses parties est à la merci de chacun. Chaque
génération ne dispose d'ailleurs du patrimoine qu'à titre viager.
Elle est responsable de sa transmission aux générations futures. L'information
du public doit être d'autant plus développée que les citoyens ont
le droit de participer aux décisions concernant leur cadre de vie. 10.
Le patrimoine architectural est le bien commun de notre continent.
Tous
les problèmes de conservation sont communs à toute l'Europe et
doivent être traités de façon coordonnée. C'est au Conseil de
l'Europe d'assurer la cohérence de la politique de ses États membres
et de promouvoir leur solidarité. Fuente : http://www.icomos.org |
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